DP : Comment définiriez vous votre approche artistique ?
K : Et bien , prenons l’asphalte , par exemple.
L’asphalte est un tapis goudronné souvent posé sur les trottoirs.
Il porte les pas des filles somptueuses et aussi des crétins.
Il est aisé de différencier les filles somptueuses des crétins car ces derniers s’enfoncent dans l’asphalte , attirés par la gravité du monde dont ils se croient le nombril.
Les filles somptueuses , elles , papillonnent et libellulent à environ un mètre soixante-huit du sol .
Elles portent leur âme en soutien-gorge afin d’élever spirituellement les hommes.
Elles ont aussi des yeux.
Des yeux transparents comme les ondes vibratoires qu’exerce la musique sur nos sens.
Lorsqu’elles vieillissent elles trainent souvent un chien au bout d’une lanière de cuir.
Les chiens font parfois leurs besoins sur le tapis d’asphalte.
C’est mal.
Et répréhendé par la mairie de Paris.
DP : Quelles sont vos influences artistiques ?
K : Variées , je dois dire.
Prenons Einstein , par exemple. Einstein fut un grand homme.
Il est apparu au moment où l’homme se tenait au bord du gouffre de la stupidité.
Grâce à lui nous avons fait un grand pas en avant.
Albert Einstein nous a appris à relativiser les conséquences de la bombe atomique.
C’est lui qui a inventé la grosse moustache et le front échevelé.
Albert Einstein a beaucoup compté pour l’homme ; toute sa vie.
Son frère , Franck , fut une grande star de cinéma.
Albert Einstein est un gentil.
Il est bien.
Il est protégé par la mairie de Paris.
DP : Vos tableaux , en somme , parlent beaucoup de la vie ?
K : oui , car la mort est dangereuse ; souvent elle tue.
C’est une mauvaise chose.
Même la mairie de Paris n’aime pas en parler.
Le jour où la mort mourra , tout ira pour le mieux.
Mais pour l’instant elle vit.
Elle vit même très bien , grâce aux médias qui n’ont de cesse de l’encenser.
Les hommes n’aiment pas la mort , mais la mort aime les hommes.
Elle est contagieuse. C ‘est une maladie mortelle.
Lorsqu’on attrape la mort on ne s’en relève pas.
Alors on s’élève au dessus de sa dépouille , on flotte un peu et on s’incarne à nouveau.
Et on oublie.
Et on l’oublie.
Mais l’ombre de la mémoire nous revient petit à petit.
Alors pour l’oublier on s’enivre un peu et on se grise de vitesse sur les routes.
C’est la vie.
Contrairement à ce que pense l’opinion publique , la mort n’a pas de faux , ni de grande cape.
Non. Elle n’a rien.
C’est pour ça qu’elle veut tout.
Mais la mort est comme nous : elle est consciencieuse.
Elle essaie de faire au mieux son travail.
Il faudrait la soumettre aux 35 heures.
Cela nous laisserait un peu de répit.
DP : Alors , peut-on dire que vous appartenez à un mouvement artistique défini ? Le cuboïdisme , par exemple ?
K : Voyez-vous , l’homme invente des systèmes. C’est là sa faculté première. Il a derrière lui le système mètrique , algébrique , électrique , économique et politique.
Il a aussi conçu le système solaire car il lui fallait une base stable sur laquelle mettre au point les innombrables systèmes qu’il avait à l’esprit. Ledit système solaire est loin d’être parfait car il ne comporte qu’une seule planète habitable , preuve que l’homme en est le concepteur , car l’homme lui-même est imparfait.
Ce dernier fut créé par Dieu , à son image.
Ce qui laisse entrevoir la possibilité de l’imperfection de l’univers tout entier.
Mais Dieu lui-même est un concept humain , et cela rend cette imperfection , de par le fait , toute excusable.
Néanmoins , la question qui reste à jamais sans réponse, réside en qui , de Dieu ou de l’homme , vint en premier.
Eternelle interrogation métaphorisée par la célèbre énigme de l’œuf et de la poule.
Hors , si l’homme est l’oeuf , Dieu est une poule.
Et ceci serait bien consternant.
DP : Votre œuvre est en fait universelle , tout en étant « hors du temps » , pourrait-on dire ?.. ;
K : …certe…à propos , je ne sais jamais si « hebdomadaire « c’est à la semaine ou à une bosse… ?
DP : ... ?
K : Et « chalumeau » , c’est comme « dromaludaire » , mais à deux bosses .